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25.6.03

Jocelyn Fribourg, c'est un peu toi, c'est un peu moi.
Parfois Jocelyn est audacieux, parfois Jocelyn rêve, parfois Jocelyn espère, parfois Jocelyn est pleutre, souvent il me ressemble.

Cet été, pas de Jocelyn au Papagayo de St-Tropez. Pas plus de Jocelyn en after, transpirant l’ecstasy à Ibiza. Ne cherchez pas Jocelyn à Porto Cervo ou à Goa.
Non, cet été, Jocelyn écrit un livre.
Après les Camille de Toledo, Nathalie Rheims et autres Gilles Paris, Jocelyn Fribourg rejoint les rangs des auteurs aux patronymes géographiquement signifiants. Jocelyn disparaît dans sa chambre de bonne. Jocelyn ajuste ses lunettes et laisse la batterie de son téléphone portable se vider. Jocelyn est un peu sale et il a le cheveu érectile. Jocelyn se donne un air triste mais inspiré. Il ressemble à un écrivain. Quand il daigne s’offrir au monde, Jocelyn se retire bien vite, sûr de son fait. Toujours le même prétexte : « Veuillez m’excuser, mais je rentre chez moi pour écrire.»
Devant son ordinateur, Jocelyn fait dans l’auto fiction. Enfin presque. Alors Jocelyn est beau et riche mais s’en fout de tout. Forcément. Jocelyn est un James Dean mondain. Un petit prince branché. Mais Jocelyn tombe amoureux. Elle s’appelle Claire. Cet été là, toutes les filles s’appellent Claire. Il l’aime. Un peu tragique, un peu poète. Très vite, le sexe prédomine et Jocelyn sodomise Claire. Puis Jocelyn perd sa Claire. Elle le plaque, elle meurt, elle s’en va, elle disparaît et Jocelyn s’oublie dans la drogue. Forcément. Méthedrine, ketamine, cocaine.
C’est alors que Jocelyn découvre les choses essentielles. Jocelyn aime les gens. Il est maintenant pauvre et de gauche. Jocelyn se réconcilie avec lui-même et avec la planète. Jocelyn quitte la ville. Forcément. Eventuellement, il rencontre une femme. Elle s’appelle Annabelle. Elle est simple et ne se rase pas les aisselles.
De là, plusieurs possibilités : Jocelyn rejoint les « fous d’Allah », Jocelyn fonde un groupe de reggae ou Jocelyn découvre l’Inde avec un ami homosexuel. Jocelyn hésite encore. Mais quoi qu’il arrive, la fin sera tragique. Forcément.
Jocelyn propose son roman à ses plus proches amis. « Ma première auto fiction » annonce-t-il faisant la moue, mais pas peu fier. « Mauvais Moix », « sous Beigbeder », « piètre Pille », lui répond-on. Jocelyn n’est pas épargné. Mais il encaisse, reçoit chaque pique et l’analyse.
A la fin de l’été, Jocelyn sera un écrivain. C’est certain. Mais l’auto fiction... Pourquoi l’auto fiction d’abord ? Après tout, n’est-il pas plus « in » et « cool » d’être un penseur de droite de nos jours ? A contre courant, envers et contre tous. Jocelyn Fribourg ne serait-il pas un Maurice G. Dantec, un Philippe Muray en gestation ? N’a-t-il pas d’ailleurs voté Bayrou aux dernières élections présidentielles ?
Voilà, c’est donc bien sûr. Jocelyn est un nouveau réactionnaire. Jocelyn repart de zéro. Il va écrire un essai. Audacieux, provocateur, fantasque mais sévère. Il sera publié aux Belles Lettres. Jocelyn présentera son livre sur le plateau de « Culture et dépendances ». Peut-être même co-signera-t-il un article avec Elizabeth Levy dans Le Point.
Et si sa carrière ne décolle toujours pas, Jocelyn pourra toujours devenir DJ. Forcément.
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