Et ce qui est vrai pour l'Art et la Création vaguement d'avant-garde en général qui aujourd'hui roule pour l'Ordre établi en tant que parure, parfum et faire-valoir (quand c'est pas en tant que « laboratoire ») est aussi vrai pour « l'art de la guerre ». En fait, dans une subtile ironie du sort, il semble bien que ça soit le « flux chaotique subversif » lui-même qui ait été piraté, détourné et reconnecté en « feedback » sur les circuits et « boucles rétroactives » bio-cybernétiques/biopolitiques de la Mégamachine . Quelque chose qui fait que toute critique se trouve inexorablement absorbé par cela même qui fait l'objet de la critique, produisant un effet pervers par lequel on aboutit à des résultats radicalement différents, si ce n'est opposés, aux buts initialement recherchés.
"L'économie spectaculaire-marchande" ayant magistralement triomphé de ses critiques les plus virulentes (communisme, anarchisme, surréalisme, situationnisme, contre-culture, etc..) la plupart du temps en les absorbant et en recyclant certains de leurs éléments sous formes neutralisées, elle a dans le même mouvement engendré de profondes mutations (anthropologiques et sociétales), une culture hybride, une nouvelle subjectivité et un "nouvel esprit du capitalisme" (libéral-libertaire ? Bourgeois-Bohème ?).
Un nouvel esprit du temps donc, - hédoniste, festif, ludique, cool, fun pour ne pas dire dionysiaque, nomade, tribal, etc.. - absorbé par les flux du « schizo-capital » de l'ère des machines de troisième espèce (NTIC) qui accomplit une sorte de "révolution culturelle permanente" neutralisant toute forme de négativité radicale tout en se déployant aujourd'hui au niveau planétaire, tel un rhizome dont "le centre est partout et la circonférence nulle part", dans l'hyperréalité postmoderne formant en quelque sorte un ensemble matriciel entre réel et virtuel !
On pourrait peut-être y voir l'avènement d'une nouvelle forme de "violence totalitaire" beaucoup plus soft, insidieuse et perverse que les totalitarismes passés - disciplinaires, rigides, transcendants, verticaux, hiérarchisés, centralisés, basés sur la persuasion, la répression et l'adhésion obligatoire - et dont les fantômes hantent la conscience collective et l'imaginaire contemporain comme "part maudite" qui sert, par ailleurs, utilement d'épouvantail dans sa conquête de l'hégémonie planétaire et la constitution d'un grand Tout matriciel de substitution sous les signes de la Paix, la Liberté, la Sécurité et la Démocratie. Un grand Tout matriciel, un système technico-économique, une mégamachine qui après le "big bang", les séismes, la vaste effervescence critique et le bouillonnement culturel des 60's-70's aurait donc opéré un véritable « renversement de perspectives » pour se réactualiser dans la violence symbolique d'un « métacontrôle » plus flexible, acentré, acéphale, féodal, immanent, déterritorialisé, basé sur la séduction, le consentement et la participation de tous au développement du réseau global..
"L' éthique hacker", l'utopie cyberpunk/cyberculturelle, les trouvailles de l' "hacktivisme" électronique et de l'Internet militant, du mouvement des logiciels libres, l'open source, l'open publishing, le peer-to-peer, les médiatactiques alternatives, collaboratives et communautaires elles-mêmes ont été absorbées et recyclées dans les nouveaux "agencements post-médiatiques" du web 2.0, (cf. "vers une ère post-média" de Guattari, 1990, et le fameux "Become the media !" du punk Jello Biafra). En gros "l'Internet participatif" où effectivement, convergence numérique aidant, la masse devient média, donnant naissance à de nouveaux usages qui à leur tour inspirent de nouveaux "business model" ! !
http://www.arsaperta.com/fr/mondialisation.html
http://www.marketing-alternatif.com/
"Dans sa plus récente livraison, le magazine vancouvérois Adbusters [culture jammers, modèle des anti-pubs] y va de ses récriminations habituelles envers les mégacorporations. Aussi, dans ses pages, une proposition pour changer le système capitaliste actuel en un "système en code source libre" géré par le peuple. On appelle cela le "capitalisme 3.0"."
C'est donc aujourd'hui le triomphe absolu de l'esthétique (arts visuels, design, architecture, mode, etc..), du marketing, des (hyper-)médias, de la Communication et de l'industrie culturelle du divertissement (de masse ou tribal, c'est selon !) et des loisirs qui surfent sur ces tendances pour générer un hyperspectacle interactif, collaboratif et participatif qui tourne en boucle et vampirise insidieusement notre énergie créatrice, faisant de nous, comme par une sorte de « servitude volontaire », de simples prothèses au même titre que nous finissons par être « possédé par les choses que nous possédons » ! ! Quoiqu'il en soit, ce qui se développe c'est une culture de la « virtualité réelle », hybride, syncrétique, mutante qui devient notre environnement socio-technique, notre biotope, il faut donc en prendre acte et "faire avec" les styles et modes de vie émergents de "l'être connectif", cet "homo ludens neuromatrix" dont l'existence et les modes de perception sont modifiés par l'intensification de sa relation symbiotique à son écosystème multimédiatique et vidéoludique (au sens large) qui s'étend chaque jour toujours un peu plus à la faveur de l'extension du réseau (cf. les notions de "réseau pervasif", "intelligence ambiante", "ville 2.0", etc..) ! !
http://www.dailymotion.com/video/x2ay98_jcdecaux-reflechit-a-la-ville-du-fu_business
(JC Decaux est aussi en l'occurrence la société multinationale spécialiste du mobilier urbain qui a produit les fameux Velib' de la Ville de Paris alias l'institutionalisation/récupération/recyclage de la "Vélorution" ! )
Un nouvel être-au-monde donc qui est essentiellement être-au-monde numérique dont le destin pourrait bien s'accomplir dans un « devenir-image » ou dans l'hyperréalité des simulacres indéfiniment reproductibles et qui, à l'instar de la photographie numérique, se caractériserait par une disparition du négatif.
Enfin toutes choses nous rapprochant peut-être de la civilisation d'un avatar contemporain du « dernier homme » dont parlait Nietzsche, cet avorton, ce "puceron hédoniste" qui veut des fêtes, des divertissements et des loisirs en même temps que le bonheur, dans la paix, le confort, la santé, la sécurité. Cet "homoncule" grégaire, ce mouton endormi, anesthésié, ensorcelé par les valeurs humanitaires, citoyennistes, démocratiques, droitdelhommistes, si ce n'est la « consommation éthique », le « commerce équitable », « l'économie solidaire », le « développement durable », et autres arnaques bobo.
Peut-être alors vaut-il mieux tenter de s'attaquer (mais est-ce même encore possible ?), au processus complexe d'organisation général des apparences, au "métacontrôle", (avec ses subtilités, son malin génie, son double jeu, ses pièges, ses leurres, ses miroirs et ses labyrinthes..) aux nouvelles formes d'asservissement, de domination, de domestication et d'apprivoisement des moeurs et des imaginaires plutôt que de se réfugier dans la dénégation et de se cantonner uniquement à des discours "syndicaux", plus ou moins radicaux, contre les réformes de l'Etat au service du Patronat. Un Etat aux lèvres duquel est totalement suspendu ce fameux "mouvement social" puisque son existence tout entière en dépend ! Un "mouvement social" (sorte d'ersatz dégénéré ou résidu de la "lutte des classes") qui peut certes engendrer à l'occasion quelques jubilatoires situations émeutières quasi-insurrectionnelles - véritables "jeux du cirque" généreusement pourvoyeurs d'images fascinantes, sensationnelles et spectaculaires qui seront immédiatement absorbées dans les flux numériques du grand Vidéodrome hypermédia) -, mais qui, quoiqu'on fasse, ne semble pas avoir d'autres horizons que le "dialogue social" et la "négociation", c'est-à-dire l'ajustement, l'auto-régulation, etc.. !
Je ne veux donc pas me leurrer sur les véritables capacités de nuisance radicales de ce fameux "mouvement social", (surtout dans sa forme actuelle avec le flots de conneries qu'il véhicule) que l'on peut à la rigueur voir à la façon des flux et reflux des mouvements telluriques, tectoniques et sismiques, de plus ou moins grande ampleur et intensité, comme les tremblement de terres, tsunamis, irruptions volcaniques avec leurs signes avant-coureurs, leurs lots de catastrophes et de destructions, leur répliques, etc... Mais aujourd'hui il faudrait compter avec les normes anti-sismiques, les principes de précaution, mesures de surveillance et autres dispositifs de sécurité du métacontrôle qui se renforcent et s'améliorent à chaque nouvelles secousses. Et franchement, c'est pas gagné ! !
40 ans après 68 qui a finalement été, pour le meilleur et pour le pire, un laboratoire de la postmodernité, Il faudrait peut-être un "traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations numériques et multimédia", et un "la société de l'hyperspectacle 2.0" ou peut-être même un "l'homme multidimensionnel" ! !
Quoiqu'il en soit il faut parfaire ses connaissances dans les principes tactiques et stratégiques de "l'art de la guerre" postmoderne et dans "l'art du chaos" ! ! Mais bon...