Le Nantais qui n'existe pas.
Mathurin Crucy, architecte-voyer de la ville de Nantes au XVIIIe siècles, tenait beaucoup à cette forme particulière qu'il avait donné aux deux grandes places de Nantes, Royale et Graslin, demi-cercle et rectangle. Dans la longueur du rectangle, légèrement supérieure au diamètre du demi-cercle, s'inscrit le théâtre Graslin dont la façade correspond à ce même diamètre, la longueur est complétée par les deux rues qui entourent le théâtre.
Il voulait, cela lui fut refusé, ériger au centre de chacune de ces (ses) places un monument central en forme de demi-cercle et rectangle dans le sens opposé à celui de la place. En lieu et place, on a mis des ronds-points, cercles parfaits, avec fontaine et tout le tralala…
La place Graslin n'est pas cercle parfait…
Le cercle parfait qui n'existe pas Mathurin Crucy, architecte-voyer de la ville de Nantes de 1780 à 1800, tenait beaucoup à cette forme particulière qu'il avait donné aux deux grandes places de Nantes, Royale et Graslin, demi-cercle et rectangle (un rectangle assorti d'un hémicycle sur nantes.fr). Dans la longueur du rectangle, plus grande que le diamètre du demi-cercle, s'inscrit le théâtre Graslin dont la façade correspond à ce même diamètre, complétée par les rues Corneille et Molière qui longent le théâtre.
Il voulait, cela lui fut refusé, ériger au centre de chacune de ces places un monument central en forme de demi-cercle et rectangle dans le sens opposé à celui de la place (j'avais lu ça dans «Évocation du vieux Nantes» par Henri de Berranger). En lieu et place, on a mis des ronds-points, cercles parfaits, avec fontaine et tout le tralala…
La place Graslin n'est pas un cercle parfait…
Taper «philippe forest la ville qui n'existe pas» dans Google et «Lisard: Aux nanto-addicts» Le Nantais qui n'existe pas
Mathurin Crucy, architecte-voyer de la ville de Nantes de 17XX à 17XX, tenait beaucoup à cette forme particulière qu'il avait donné aux deux grandes places de Nantes, Royale et Graslin, demi-cercle et rectangle.
Dans la longueur du rectangle, légèrement supérieure au diamètre du demi-cercle, s'inscrit le théâtre Graslin dont la façade correspond à ce même diamètre, la longueur est complétée par les deux rues qui entourent le théâtre.
Il voulait, cela lui fut refusé, ériger au centre de chacune de ces (ses) places un monument central en forme de demi-cercle et rectangle dans le sens opposé à celui de la place. En lieu et place, on a mis des ronds-points, cercles parfaits, avec fontaine et tout le tralala…
La place Graslin n'est pas cercle parfait…
Théorie : humour = ville + vin
Vendée = pas de ville + du mauvais vin
Anjou = ville moyenne + bon vin
Bretagne = ville+mais pas de vin
Nantres = grande ville + vin moyen
Un peu vieux-nantais :
J'ai entendu un jour à la radio un vieux Stambouliote qui se plaignait que la ville n'était plus peuplée que de paysans d'Anatolie ne comprenant ni l'humour ni l'esprit de la cité. Je le comprends et j'ai le même sentiment à Nantes… Autrefois, l'humour arrivait des campagnes, de ces caves du muscadet où l'on peut débarquer un après-midi de canicule, s'enivrer, et écouter les histoires et les mots des gars du coin… Cet esprit arrivait à Nantes par le marché Talensac et ses huîtres, parles grands magasins Decré où l'on s'habillait, par les Dames de France où l'on achetait ses parapluies, par les Galeries Lafayette où l'on dégotait ses caches-cols, par les librairies Durance et Coiffard.
Où on essayait de voler des livres tout en essayant de draguer la vendeuse.
Pas facile à négocier.
Talensac, aujourd'hui, se limite pour nous au café-bar le Parisien, où l'on traîne jusque tard dans l'après-midi à boire des muscadets, le marché est devenu infréquentable…
Nantes est faite des influences de trois régions : l'Anjou, la Bretagne et la Vendée, il faudrait ajouter ce qu'on a coutume d'appeler le pays nantais.
L'Anjou a sa grande ville et ses vins, Angers et les vins de Loire. Et son influence, quoique réelle, semble de moindre importance. Il y a peu d'humour dans les caves de Tuffeau, pays de bigoterie et de petitesse, et seule la pierre et les ardoises semblent s'inscrire dans le paysage nantais.
La Vendée n'a pas de cité et peu de vins (les rosés de Brem ou les pissottes restent des piquettes), et Nantes reste la métropole attractive. L'humour vendéen existe bien : récemment Katerine de Chantonnay, auteur de «Jésus-Christ mon amour» ou de «Peau de cochon»,
et les Little rabbits de La Gaubretière, «Dans la piscine de tes parents», hier Eugène Hublet de Cholet. Il suffit de s'attarder sur les boîtes aux lettres pour constater que nous avons plus de terminaisons en «eau», «ard» ou «ot» qu'en «ec»… La Bretagne n'a pas de vin mais elle a ses villes…
Nantes est un peu bretonne, son château, sa duchesse, son sillon…Mon grand-père me racontait les bagarres fameuses, dans le muscadet, au cours des vendanges, entre Bretons et Vendéens…
Tout cela fait, faisait, un esprit spécifiquement nantais, un humour que l'on retrouve dans les films de Jacques Demy ou de Philippe de Broca.
«Nantes est une ville qui n'existe pas. On peut y marcher pendant des jours entiers sans jamais rien y rencontrer.»
Là, la démonstration n'est pas éclatante et l'on peut s'interroger sur la conclusion hâtive (abusive ?) de l'auteur.
À suivre :
«La cité n'a pas vraiment de centre et très vite, elle prend l'allure d'une informe et interminable bourgade pavillonnaire avant la hideuse ceinture que font autour d'elle les zones commerciales.» Pour l'absence de centre, c'est un peu vrai, mais c'est aussi un peu faux.
Pour le reste, c'est vrai, mais c'est aussi vrai de Lyon, Toulouse ou Bordeaux…
Trouvé sur un forum, par un type dont je ne partage pas les conclusions, mais que j’aime vachement quand même :
Aux nanto-addicts
Nous avions aimé le papier de Philippe Forest sur Nantes paru en septembre dans Libé, qui a jeté un sérieux froid dans le concert permanent de l'autocélébration nantaise. La ville a été promue "la plus agréable de France", voire d'Europe, mais quel paysan du Danube (et je sais de quoi je parle) peut entendre une chose pareille sans rire aux éclats ? Cette intoxication, toute personne appelée à côtoyer les services de communication la vit au jour le jour. Les plus lucides
admettent avoir tendance à prendre ce discours pour la réalité elle-même. On se passe cet article à ses collègues de boulot comme on refile de la béthadone à des accros de la propaganda locale. Voici (avec l'aimable autorisation de l'auteur, que je remercie) ce texte où l'on apprend avec stupéfaction que Nantes n'est pas Londres, Venise ou Lyon, mais cette ville où les meilleurs se suicident et les plus méritants s'enfuient.
(Lire aussi: une rencontre avec Philippe Forest, auteur de "Sarinagara", en rubrique "Coups de coeur").
----------------------------------------------------------------------
Villes. Nantes. Vue d'artiste
Une ville qui n'existe pas
De Nantes, tout le monde vous assurera qu'il s'agit de la ville la plus agréable de France. Et, en conséquence, d'Europe. Tout le monde le dit, et c'est très certainement faux. Ou du moins : inexplicablement excessif.
Je suis arrivé à Nantes en 1996. C'était par hasard. Je venais de Paris où j'avais grandi. Je rentrais de Londres où j'avais passé plusieurs années. Je voulais fuir ma vie. J'avais mes raisons. Je souhaitais me retrouver nulle part. Comme tous les voeux que l'on fait dans le secret de son coeur, le mien a été exaucé. Il l'a été au-delà de toutes mes espérances. J'ai été servi.
Nantes est une ville qui n'existe pas. On peut y marcher pendant des jours entiers sans jamais rien y rencontrer. La cité n'a pas vraiment de centre et très vite elle prend l'allure d'une informe et interminable bourgade pavillonnaire avant la hideuse ceinture que font autour d'elle les zones commerciales, elle tourne le dos à la splendeur de la Loire, elle a comblé ses canaux pour y construire des ronds-points et des lignes de tramway, elle se dépeuple tous les soirs et tous les dimanches. Ici, la beauté n'existe que par accident ou par exception : l'Erdre qui resurgit de dessous le pavé et où flotte, comme une jonque échouée, le jardin oriental de l'île de Versailles avec son "torii" rouge veillant sur quelques navires de plaisance ; le strict cours Cambronne conduisant jusqu'au cercle parfait de la place Graslin avec la sentinelle impavide du vieux général disant silencieusement son mot à tout ce qui l'entoure ; le patio du musée des Beaux-Arts, le passage Pommeraye sur lesquels tombe la lumière verticale venue du ciel et où souffle encore la respiration lointaine de l'Atlantique. C'est à peu près tout. Il faut n'être jamais sorti de son département pour se figurer, sans rire, que Nantes est le lieu où chacun voudrait vivre.
Connaissez-vous Paris, Toulouse ou bien Lyon ? Je ne parle pas même des grandes métropoles européennes d'Italie, d'Espagne, de Grande-Bretagne dont une incompréhensible propagande voudrait faire croire que Nantes les détrône toutes au palmarès du bien-vivre, du plaisir d'être.
Nantes est une ville qui n'existe pas. C'est sans doute pourquoi elle se donne si volontiers en spectacle. Il lui faut conférer un semblant de substance au mirage sur lequel elle repose. Elle spécule sur une légende dont plus rien ne subsiste et dont elle a tout fait pour effacer la trace. Le volontarisme politique et culturel contribue à créer l'illusion d'un vrai pays de cocagne dont seuls les visiteurs bienveillants ou complices peuvent être dupes un instant. Et puis tout rentre bien vite dans l'ordre de l'ennui : les cinémas et les librairies qui ferment, le règne de la culture officielle, les festivals pour faire diversion et que la machine à finances puisse favorablement fonctionner, les associations, les amicales, le football, le folklore. S'il le fallait, je préférerais désespérer Orvault, Rezé et Saint-Herblain. En tout cas, ne comptez pas sur moi pour passer pour un écrivain nantais.
Chaque ville a besoin d'un panthéon de proximité et de figures légendaires afin de veiller sur elle. Il y a Jules Verne qui a ici son musée, qu'on se prépare à célébrer mais qui, de son vivant, votant avec ses pieds, a préféré quitter Nantes pour Amiens. C'est tout dire ! Il est l'auteur de quelques phrases sur la ville, sur sa laideur et sa petitesse, d'une méchanceté telle que le plus audacieux pamphlétaire d'aujourd'hui ne prendrait pas le risque de les répéter. Je laisse Julien Gracq et Jean Rouaud. Il y a Jacques Vaché. Sous prétexte qu'André Breton y a fait sa rencontre en 1916, on a voulu voir en Nantes la ville du surréalisme. Il est vrai qu'André Breton a écrit un jour qu'il s'agissait à ses yeux de la seule ville avec Paris où il avait l'impression qu'il puisse lui arriver quelque chose qui en vaille la peine. La citation figure aujourd'hui sur un monument.
Mais j'ai toujours eu le sentiment que Breton ne parlait ainsi que par antiphrase, par ironie, avec le seul souci de saluer en son ami défunt l'inventeur de cet "umour" que Vaché définissait comme le "sens de l'inutilité théâtrale (et sans joie) de tout". De l'humour Ñ mais à condition de le définir ainsi Ñ, Nantes mérite sans conteste le titre de capitale. Vaché y est mort un jour de 1919, vraisemblablement suicidé, suicidé de la société. Cela ne regarde personne. On peut lui
rendre hommage aujourd'hui, le célébrer, le commémorer, travestir l'expérience unique de sa vie en un édifiant hommage aux vivants, eux qui s'arrangent de la réalité telle qu'elle est et savent en tirer avantageusement profit. Tout ce que l'on sait est que Vaché est parti quand les autres sont restés. A sa manière (terrible, funèbre, noire et grotesque), il a su trouver la porte de sortie.
Qu'il puisse arriver quelque chose à Nantes comme à Paris, ainsi que l'écrivait Breton, une fois, j'en ai eu pourtant l'impression. Mais je sais bien que cette impression ne devait rien à ce qui s'écrit de la ville dans les magazines. Peut-être le raconterai-je un jour. Quand je serai parti et que, pour de bon, tout sera bien fini. Alors, et pour moi en tout cas, Nantes aura peut-être commencé d'exister enfin.
Libération, no. 7270
CAHIER SPECIAL, samedi 25 septembre 2004, p. 16
J'ai encore du boulot, mon essai doit faire au moins cent, cinquante, allez ! dix pages écrites gros, je travaille sur la réponse à Jacques Vacherin et au surréalisme.
De la révolution, Philippe Forest ne parle pas trop, mais je dois lui répondre sur ce point, et, « non tantum sed etiam », je dois relancer sur l'humour révolutionnaire (ah ! Forest, tu n'as rien compris à Carrier !).
Et j'ai des scoops...
Lô Sù
Va sur BLOGGER. Voilà les codes | utilisateur = blackblog03@gmail.com | le mot de passe = black021268 | et blog le Meilleur du Pire et Vice-Versace. NB les codes ont été hacké.