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8.11.05

TEENAGE RIOT

Zero Tolerance : City under fire


« Ceux qui participent à l'insurrection notent invariablement son caractère festif, même au beau milieu de la lutte armée, du danger et du risque. Le soulèvement est comme une saturnale détachée de son intervalle intercalaire (ou qui a été forcée de le faire) et qui est désormais libre de surgir n'importe où et n'importe quand. »
Hakim Bey, Taz

« Tous admettent que les nuits d'affrontements sont aussi un genre de "distraction". "La journée, on dort, on va voir les copines, on joue à la Play... Et le soir, on kiffe: à 21H00, on va faire la guerre à la police. On est dans Matrix", résume l'un deux, qui aime voir "les CRS en panique, cachés derrière leur bouclier".
"Le lendemain, on se demande: tu t'es fait courser?Tu t'es caché où?", racontent-ils ».

« La guerre à la police pour se venger et se distraire », AFP 02 novembre 2005-11-05


« Avant tout libération de tensions agressives accumulées, la violence colérique des acteurs ne se donne pas d’emblée des objectifs politiques très élaborés ni même parfois totalement cohérents. Fréquemment, le mouvement éclate avant que n’ait été définie une plate-forme revendicative. Celle-ci se trouve rédigée, ou du moins complétée, après coup ; et pas toujours par les auteurs eux-mêmes des violences. Elle le sera lorsque doivent s’ouvrir des négociations ou, tout simplement sous l’injonction des questions posées par les journalistes : “Mais quels sont donc les objectifs de votre mouvement... ?”. En revanche, il est fréquent qu’au coeur de l’action s’exprime fortement une dimension véritablement ludique, que M. Maffesoli évoque lorsqu’il propose l’expression de violence orgiaque 54. L’ivresse de “tout casser” ou de “cogner les flics” se situe dans l’univers de la gratuité politique même si, bien entendu, d’autres acteurs s’apprêtent à l’intégrer dans leur calcul pour susciter la peur par exemple, ou au contraire faire sortir des réformes de l’ornière. »
Philippe Braud « La violence politique : repères et problèmes » in Cultures et Conflits


« Entre le 13 et le 16 août 1965, la population noire de Los Angeles s’est soulevée. Un incident opposant policiers de la circulation et passants s’est développé en deux journées d’émeutes spontanées. Les renforts croissants des forces de l’ordre n’ont pas été capables de reprendre le contrôle de la rue. Vers le troisième jour, les Noirs ont pris les armes, pillant les armureries accessibles, de sorte qu’ils ont pu tirer même sur les hélicoptères de la police. Des milliers de soldats et de policiers — le poids militaire d’une division d’infanterie, appuyée par des tanks — ont dû être jetés dans la lutte pour cerner la révolte dans le quartier de Watts ; ensuite pour le reconquérir au prix de nombreux combats de rue, durant plusieurs jours. Les insurgés ont procédé au pillage généralisé des magasins, et ils y ont mis le feu. Selon les chiffres officiels, il y aurait eu 32 morts, dont 27 Noirs, plus de 800 blessés, 3000 emprisonnés.
(…) Et le cardinal de Los Angeles, McIntyre, qui protestait hautement, ne protestait pas contre la violence de la répression, (..)il protestait au plus urgent devant « une révolte préméditée contre les droits du voisin, contre le respect de la loi et le maintien de l’ordre », il appelait les catholiques à s’opposer au pillage, à « ces violences sans justification apparente ». Et tous ceux qui allaient jusqu’à voir les « justifications apparentes » de la colère des Noirs de Los Angeles, mais non certes la justification réelle, tous les penseurs et les « responsables » de la gauche mondiale, de son néant, ont déploré l’irresponsabilité et le désordre, le pillage, et surtout le fait que son premier moment ait été le pillage des magasins contenant l’alcool et les armes ; et les 2000 foyers d’incendie dénombrés, par lesquels les pétroleurs de Watts ont éclairé leur bataille et leur fête.
(…) Le pillage du quartier de Watts manifestait la réalisation la plus sommaire du principe bâtard « À chacun selon ses faux besoins », les besoins déterminés et produits par le système économique que le pillage précisément rejette. Mais du fait que cette abondance est prise au mot, rejointe dans l’immédiat, et non plus indéfiniment poursuivie dans la course du travail aliéné et de l’augmentation des besoins sociaux différés, les vrais désirs s’expriment déjà dans la fête, dans l’affirmation ludique, dans le potlatch de destruction. L’homme qui détruit les marchandises montre sa supériorité humaine sur les marchandises. Il ne restera pas prisonnier des formes arbitraires qu’a revêtues l’image de son besoin. Le passage de la consommation à la consummation s’est réalisé dans les flammes de Watts.. »

« Le déclin et la Chute de l’économie spectaculaire-marchande », in Internationale Situationniste Numéro 10 -- Mars 1966.

« Avec ses hantises, ses obsessions, ses flambées de haine, son sadisme, l'intermonde semble une cache aux fauves, rendus furieux par leur séquestration. Chacun est libre d'y descendre à la faveur du rêve, de la drogue, de l'alcool, du délire des sens. Il y a là une violence qui ne demande qu'à être libérée, un climat où il est bon de se plonger, ne serait-ce qu'afin d'atteindre à cette conscience qui danse et tue, et que Norman Brown a appelée la conscience dionysiaque.
(…)L'aube rouge des émeutes ne dissout pas les créatures monstueuses de la nuit. Elle les habille de lumière et de feu, les répand par les villes, par les campagnes. La nouvelle innocence, c'est le rêve maléfique devenant réalité. La subjectivité ne se construit pas sans anéantir ses obstacles ; elle puise dans l'intermonde la violence nécessaire à cette fin. La nouvelle innocence est la construction lucide d'un anéantissement.
(…) L'homme le plus paisible est couvert de rêveries sanglantes.(..) La barbarie des émeutes, le pétrolage, la sauvagerie populaire, les excès que flétrissent les historiens bourgeois, c'est précisément le vaccin contre la froide atrocité des forces de l'ordre et de l'oppression hiérarchisée.. »
« L'intermonde et la nouvelle innocence » in Raoul Vaneigem, Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations


I. A.C.
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