21.9.08

Aux pieds de ma bien -aimée

« La quête de l’origine dans la poésie de Saint-John Perse », dans Révolte et louanges – un texte qui a connu une fortune considérable, puisque, le reprenant pour le volume Honneur à Saint-John Perse publié chez Gallimard en 1965, laissant en somme le soin à Vigée d’y rapporter ce récit héroïque


de l’adolescent résistant à la tentative de conversion forcée de la part de Claudel


(vous pouvez vous référer, pour cet épisode mémorable et le texte de Vigée qui en rend compte, à une page additive à la biographie présentée sur le site).


Le deuxième texte, « Saint-John Perse : parole de vivant », fut publié dans L’art et le démonique, en 1978.



Mais tu choisiras la vie…, le poète opère une manière de synthèse globale du souvenir de sa fréquentation personnelle de Perse, à Washington (alors qu’il revient amplement sur sa première rencontre de 1948, au cours de l’entretien que vous pouvez entendre dans le programme diffusé sur France Culture et sur le site) et surtout, il livre en quelque façon l’essentielle « leçon de vie » qu’il retient de son imprégnation continuelle de l’œuvre.

« Sans farine, pas de Torah » : ainsi nous admoneste dans sa sagesse souriante, le Talmud de Babylone. La découverte du salut est inséparable de notre bien-être corporel.


La réciproque est également importante : sans l’enseignement de la loi divine, pas de farine sur terre pour les hommes. La vérité de cette double sentence s’enracine dans l’amour que nous portons à la vie humble d’ici-bas, si fragile, toujours menacée. « Etre ici est magnifique » s’écrie Rainer Maria Rilke dans un poème célèbre. « Ô vivre, vivre, temps de l’émerveillement », murmure-t-il encore avec étonnement, lorsqu’il tombe mortellement malade.


L’existence est une entreprise risquée, difficile, qui ne requiert pas seulement l’intelligence, mais exige aussi l’exercice de l’énergie vitale. Voilà pourquoi la loyauté inconditionnelle accordée à la vie est une vertu si rare à toutes les époques de l’histoire. Notre propre siècle, riche en massacres, en cruautés sans limites, ne se distingue-t-il pas en particulier par sa trahison systématique de cette valeur suprême qu’est l’exigence terrestre ?


N’est-ce pas dans cette faille du cœur humain qu’il faut chercher la cause principale de la tragédie mondiale contemporaine ? « La mort, nous rappelle Paul Celan dans sa Todesfuge, est un maître venu d’Allemagne. »


Au chapitre trente du cinquième volume du Pentateuque, le Seigneur s’adresse pour la dernière fois par l’intermédiaire de son serviteur Moïse à chaque individu membre du peuple d’Israël : « La vie et la mort, la bénédiction et la malédiction, je les dispose devant toi : mais tu choisiras la vie, afin que tu vives, toi et ta semence. »


Si tu désires vivre vraiment, il te faut élire toi-même la vie ; cette répétition n’est pas un simple hébraïsme, ni un exercice de rhétorique facile. Elle constitue, bien au contraire, la réponse d’En-haut à l’énigme de notre destin de créatures.


Celui qui acquiesce quotidiennement à sa propre existence, l’être humain qui malgré les soucis récurrents, les ennuis, les tracas de chaque jour ne cesse de favoriser en soi, comme chez son prochain et son lointain le cours si problématique de la vie, cellle qui leprotège résolument contre la mort aux aguets, tapie à notre porte, lui seul participe, dans l’esprit de la Torah de Moïse, à une existence authentiquement vivante.


Au lieu de mener dès maintenant celle d’un mort-vivant ou d’un cadavre en sursis,

il pourra, nous rappelle magnifiquement

« se réjouir d’une vie perpétuée ».

« Tu choisiras la vie » :

quels poètes issus du passé européen récent oseraient-ils adhérer sans réserves, ni restrictions mentales douloureuses, à ce commandement ultime, le plus sévère peut-être, le plus exigeant sans nul doute de la loi de Moïse ?



il aurait pu s’écrier du sein de « la nuit profonde » de son temps :

Vous, mes yeux bienheureux,

Ce que vous avez vu,

Advienne que pourra -,

Cela était si beau.




(Tendre et Simple)